Commentateur : Michael
Hayes, District scolaire de Saanich, Colombie-Britannique Il
est important que je vous donne le cadre de référence avec
lequel j’aborde cette tâche et le contexte dans lequel je
lis ces études. Je suis enseignant au primaire de métier
et militant syndical et président de l’association des enseignantes
et enseignants de ma région. Je crois au changement, mais pas au
changement pour le changement. Le changement est un processus bidirectionnel
— un amalgame constructif de processus en amont et en aval, qui
se solde par un succès, principalement en présence de collaboration
et de respect entre les groupes partenaires de l’éducation.
Le changement systématique ne résulte pas de modifications
intervenues dans les politiques, à moins que sa mise en œuvre
ne s’appuie sur une planification, des ressources, et la participation
du personnel enseignant au niveau de la classe. La formation préalable
des enseignantes et enseignants, la formation en cours d’emploi
et le perfectionnement professionnel ont grandement besoin d’être
améliorés, afin de concentrer, d’insuffler de l’énergie
et de renforcer l’autonomie de la profession enseignante, tout particulièrement
dans le domaine de la technologie de l’information et des communications
(TIC). Je ne suis pas, je l’admets, un chercheur, je ne fais donc
presque pas allusion à la qualité ou à l’efficacité
des recherches contenues dans ces études. Je me contenterai de
dire que je les ai toutes deux appréciées et qu’à
la fin de la journée, j’ai constaté que j’avais
plus de questions que de réponses. Je voulais approfondir le sujet
et en savoir plus et il s’agit sans aucun doute d’une bonne
chose.
Le personnel enseignant et ses syndicats se méfient généralement
des tests et évaluations de grande envergure. Il existe une crainte
sous-jacente que ce qui est conçu comme une évaluation générale
de l’efficacité et du rendement des programmes et du système
peut aisément se transformer en une compétition dont les
enjeux sont importants, les instances locales et provinciales étant
plus intéressées par les chiffres que par des résultats
probants. C’est ce qui s’est passé en Colombie-Britannique,
où le Provincial Learning Assessment Program – PLAP –
(programme provincial d’évaluation des apprentissages) est
devenu la Foundation Skills Assessment (évaluation des aptitudes
fondamentales) qui est devenue la pierre angulaire de l’obligation
de rendre des comptes des écoles et des districts – certains
disent qu’elle déterminera le nombre des décisions
ministérielles à venir et des fonds qui les accompagnent.
Je pense qu’il y a matière à s’en inquiéter
et qu’il faut être un peu plus que méfiant.
C’est peut être pourquoi, j’ai tendance à mieux
me situer par rapport à l’étude de M. John Morgan
que par rapport à l’extraction magnifique des données
du PISA à laquelle s’est livré M. Patrick Bussière.
L’étude de Morgan me semble plus réelle…plus
utile…plus tangible.
Cela étant dit, les conclusions de Bussière/Gluszynski
indiquent que le rendement en lecture est corrélé à
la fréquence et au confort de l’utilisation d’un ordinateur
à la maison, ainsi qu’à l’accès à
l’Internet et au nombre d’ordinateurs à la maison.
Ces conclusions sont très révélatrices. La question
avec laquelle je me débats depuis quelques semaines est : Qu’est
ce que cela signifie? M. Bussière m’indique que les données
n’indiquent pas forcément un lien causal, mais uniquement
qu’il existe un lien positif. La question est donc : maintenant
que nous avons connaissance de l’existence de ce lien, cela nous
aide-t-il à formuler les politiques ou à changer la pratique?
Je dirais que non, mais il y a suffisamment de questions intrigantes soulevées
ici pour indiquer clairement le besoin d’entreprendre davantage
de recherches.
Par exemple, les données nous disent que le plaisir de lire est
un bon moyen de prédire le rendement en lecture. Les enseignantes
et enseignants sont nombreux à comprendre ce fait intuitivement
et font beaucoup d’efforts pour inculquer cette vertu à leurs
élèves. Les résultats du PISA suggèrent-ils
que nous devrions essayer d’encourager un amour de la navigation
sur Internet? Ou le lien entre l’usage de l’Internet et les
aptitudes en lecture est-il plus vraisemblablement lié au type
d’exercice de lecture utilisé dans le cadre du PISA, qui
met l’emphase sur l’extraction de l’information et la
corrélation — le même type de compétences nécessaires
à une évaluation et une navigation rapides des pages Web?
Une utilisation fréquente de l’Internet entraîne-t-elle
une meilleure appréciation de Shakespeare ou d’Atwood ou
encore des compétences plus efficaces de création littéraire?
Je pense qu’il est nécessaire d’approfondir les recherches.
Le lien positif entre le rendement en lecture et le nombre d’ordinateurs
au foyer est-il peut-être plus fortement corrélé à
des facteurs de statut socioéconomique que toute connexion directe
entre l’aptitude en lecture et l’utilisation de l’ordinateur?
Davantage de recherche, s’il vous plaît.
Si 70 à 80 p. 100 des élèves du Canada ont accès
à l’Internet et/ou à un ordinateur à la maison,
et si la fréquence de l’utilisation aide le rendement en
lecture, devrions-nous examiner des façons d’encourager le
personnel enseignant à intégrer l’usage de l’informatique
dans les devoirs à la maison, les exercices en classe ou devrions-nous
faire pression sur le gouvernement pour qu’il trouve le moyen de
connecter les 20 à 30 p. 100 d’élèves restants?
En tout cas, comment procédons-nous?
Tout dans la présentation Bussière/Gluszynski encourage
fortement l’entreprise d’autres recherches. Il est clair que
les données du PISA sont une véritable mine de possibilités
pour la recherche et l’analyse. Le défi sera de poser les
bonnes questions — des questions qui, quand on leur aura trouvé
une réponse, informeront les politiques et/ou la pratique et feront
progresser l’usage sur le continuum du changement constructif.
Le fait que je me méfie d’une évaluation et de statistiques
de grande envergure est peut-être exactement pourquoi j’ai
un certain penchant pour l’étude de Morgan. J’aime
son travail en partie parce qu’il vient confirmer plusieurs de mes
expériences et croyances concernant les défis auxquels le
système éducatif public est confronté alors que nous
tentons d’établir efficacement la technologie de l’information
et des communications (TIC) en tant que partie intégrante et acceptée
de la manière dont nous dispensons des services. Je ne suis pas
un zélé de la TIC, mais la technologie est là pour
durer. Le public (et surtout les politiciens) l’adorent. Par conséquent,
si nous allons dépenser de l’argent, dépensons-le
intelligemment.
Il est encourageant de voir un district scolaire entreprendre ce genre
de recherche, qui clairement bénéficie de ce genre de travaux,
et contribue au domaine de la recherche. Les budgets subissant d’incroyables
pressions de part et d’autre, je suis certain qu’il était
difficile de décider d’engager les rares ressources existantes
dans ces travaux; mais il importe d’effectuer ce type de recherche
et je félicite le district scolaire catholique de Toronto et son
personnel de leurs efforts. S’il existe d’autres exemples
de ce type d’initiatives de la part de districts scolaires, il faut
trouver un moyen efficace d’y avoir accès et d’en partager
les résultats.
Morgan et son équipe décrivent plusieurs préoccupations
au sujet de la mise en œuvre de stratégies relatives à
la TIC en soutien à l’apprentissage. Ces questions sont sans
exception ou presque, connues du personnel enseignant intuitivement ou
par expérience. Voici les problèmes passant pour tels dans
la mise en œuvre de la TIC : trop peu de formation en cours d’emploi,
trop peu de temps, les plans de mise en œuvre n’ont pas été
pensés suffisamment, problèmes d’équipement
et de logiciels, soutien technique inadéquat, personnel enseignant
manquant d’enthousiasme et apprenantes et apprenants résistants.
La liste est longue.
Ces défis sont réels et constituent un obstacle important
à l’utilisation efficace de la TIC à l’école,
à tous les échelons. Lorsque les ministères fixent
les niveaux de financement et les districts scolaires élaborent
les budgets, ils doivent tenir compte du fait que pour chaque dollar engagé
envers la TIC, un autre dollar doit être investi dans la formation
et le soutien technique. Les écoles doivent pouvoir bénéficier
du temps et des ressources nécessaires à la mise en place
de systèmes d’équipement cohérents et intégrés
et le nombre de techniciens qualifiés sur place doit être
suffisant pour garantir que l’équipement et les logiciels
fonctionnent efficacement. La question de compatibilité de l’équipement
et des logiciels est importante pour le personnel enseignant. Ce genre
de frustration suffit, je pense, à dégoûter complètement
les utilisatrices et utilisateurs récalcitrants.
La deuxième question d’importance majeure a trait aux obstacles
liés à la formation et aux mentalités. Il est consternant
de constater le peu de temps que nous, dans le domaine de l’éducation,
accordons au perfectionnement de notre main-d’œuvre. Pouvez-vous
imaginer Ford ou Honda demandant à leurs employés, après
l’introduction d’une nouvelle ligne de produits, d’apprendre
les nouvelles technologies sur leur temps personnel et de financer leur
apprentissage principalement de leur propre poche? Achèteriez-vous
une voiture assemblée par une main-d’œuvre forcée
à apprendre sur le tas ou ayant reçu uniquement un méli-mélo
de formations incohérentes, financées par son employeur?
Lorsque les districts scolaires introduisent de nouveaux outils et de
nouvelles attentes au milieu de travail, le temps et les ressources nécessaires
à la formation doivent exister afin de pouvoir être mis en
œuvre avec succès.
Cette étude présente d’autres informations importantes.
Une de ses conclusions inhabituelles concerne la différence de
perception de l’efficacité des programmes entre le personnel
enseignant et les administratrices et administrateurs. Cette disparité
n’existe-t-elle qu’avec ce logiciel en particulier ou existe-t-elle
également dans d’autres domaines et stratégies d’intervention
– même d’autres programmes, ressources et outils d’apprentissage?
Cette différence est-elle réelle ou définie en fonction
des rôles? S’agit-il d’une perception réelle
ou d’une perception supposée? Ceci constitue un sujet valable
pour d’autres recherches et il faut en tenir compte au moment de
l’évaluation de l’efficacité des politiques.
L’étude a également mis en avant le fait perturbant
qu’un nombre important d’enseignantes et d’enseignants
du secondaire ne considère pas que l’enseignement de la lecture
et de l’écriture fasse partie de leur travail. Ma propre
expérience pourrait venir appuyer ce fait. Il s’agit d’une
question qu’il faut aborder, par l’entremise de travaux de
recherche, de la politique et de la pratique. Pour diverses raisons, un
nombre plus important d’élèves ayant des difficultés
en lecture et écriture arrivent dans nos écoles. Par le
passé, ces enfants étaient peut-être passés
à travers les filets, mais la nouvelle convergence sur la reddition
des comptes rendra cela plus difficile. Pour la prochaine génération
d’enseignantes et d’enseignants, cette question doit être
abordée à l’aide d’une formation préalable
à l’emploi. Pour celles et ceux qui sont déjà
rentrés dans le système, il faudra qu’ils envisagent
cette question sous un nouvel angle, avec l’aide de possibilités
de perfectionnement professionnel et de formation en cours d’emploi.
Il faudra également moins s’appuyer sur les tests de reddition
des comptes comportant de grands enjeux, qui mettent l’accent sur
l’apprentissage du contenu au détriment d’objectifs
plus globaux. Les responsables de l’élaboration des politiques
doivent déterminer s’ils sont prêts à s’écarter
des anciens modèles d’évaluation de la transparence
et à encourager la réussite de la totalité du personnel
enseignant et des élèves.
S’il est dit de l’étude de Bussière/Gluszynski
qu’elle identifie des problèmes importants nécessitant
une analyse plus poussée et de vastes répercussions politiques,
l’étude de Morgan peut donc être considérée
comme étant une étude de petite échelle qui fait
apparaître un certain nombre de problèmes de grande envergure.
J’inclurais, par exemple, le besoin de ressources plus nombreuses
de soutien aux initiatives en matière de TIC, une formation générale
et spécifique en cours d’emploi pour le personnel enseignant,
du temps de planification et de consultation, un soutien technique pour
l’équipement et les logiciels, une formation préalable
à l’emploi en matière de compétences et d’attitudes
nécessaires pour garantir une réussite, ainsi qu’un
financement adéquat pour le perfectionnement professionnel.
Ces deux études nous indiquent que nous devons cesser de croire
que notre engagement envers la TIC s’arrête au moment de l’achat
d’un ordinateur ou de l’installation d’un réseau.
Nous devons comprendre ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons.
Les technologies de l’information et des communications sont des
outils — comme les manuels scolaires, les stylos-billes, les microfilms
et les cassettes vidéos qui les ont précédées.
Afin de pouvoir les utiliser correctement, nous ne devons pas abandonner
le passé, mais nous préparer pour l’avenir à
l’aide de politiques rationnelles, de financement adéquat
et d’une pratique efficace, ancrée dans des recherches fiables. |